Collin d'Harleville

Sa vie

Jean François COLLIN D'HARLEVILLE est né à Mévoisins près de Maintenon le 30 Mai 1755 de Martin COLLIN, avocat à Chartres, et de Martine ARTERIER. C'est le sixième de leurs onze enfants.

Elève studieux, il fréquente le collège royal de Chartres, puis celui de Lisieux à Paris. Puis sur les instances de sa famille, il entre comme clerc chez un procureur au parlement de Paris où il passa quatre à cinq années fort ennuyeuses, avant de devenir avocat à Chartres à partir de 1780,et tout en prenant le temps de cultiver les lettres. Mais son goût pour la littérature et le théâtre l'emporte sur les résistances familiales et le pousse à s'installer à Paris. En 1779, son rêve commence à se concrétiser. Aussi se fit il appeler COLLIN D'HARLEVILLE du nom d'une terre qu'il possédait dans le hameau d'Harleville.

Il débuta au théâtre avec une comédie en un acte et en prose, l'Inconstant. Sur les conseils de Préville, acteur français, il l'étendit à trois actes et la mit en vers. Sous cette forme, cette pièce fut jouée avec succès au château de Versailles en 1784 et à la Comédie française en 1786.

Le poète, homme de théâtre, évolue alors entre Paris et Mévoisins. Il aime se replonger dans la simplicité familiale.

C'est là qu'il écrit "les châteaux en Espagne" en 1788. C'est la plus comique de l'auteur. On l'y retrouve au cours de l'hiver suivant, souffrant déjà de la maladie qui devait l'emporter. Arrive 1789 ... Il traverse l'époque révolutionnaire sans grande conviction politique. Son naturel amical et bienveillant lui garantit une relative tranquilité. Il supprime la particule de son nom, devient commandant de la garde nationale de Mévoisins et contribue au maintien de la paix de son village. Pacifique et courageux, il défend, en tant qu'avocat, trois prêtres chartrains réfractaires, tandis qu'une de ses soeurs épouse le prêtre assermenté de Mévoisins. Il participe aux vendanges à Mévoisins en 1791 et connait à cette date quelques succès à Paris, ce qui lui vaut l'inimitié de Fabre d'Eglantine.
En 1794, sous la Terreur, Collin est à Paris. Il y publie avec succès "le vieux célibataire" et écrit un hymne patriotique à la gloire de la République. La Convention lui sert une rente, mais sa santé décline. Le succès l'abandonne. Nommé secrétaire de l'Institut de 1797 à 1804, il est proposé, mais en vain, à l'Académie française par Bonaparte. Peu à peu, il s'éloigne de Paris. On peut le voir, vêtu à l'ancienne, poudré de blanc, l'allure timide.
En 1798, il assiste aux derniers jours de sa mère à Maintenon. Ses soeurs s'installent à Chartres. Il reste seul à Mévoisins où il reçoit ses vieux amis de toujours qui rimaillent avec lui. Il taille ses arbres, visite ses voisins. Généreux à l'égard de sa famille, ses ressources financières s'épuisent. Il doit hypothéquer sa maison, qu'il vend à sa cousine tout en continuant à l'occuper. Après quelques allers et retours, il reste à Paris où il s'éteint le 24 février 1806, terrassé par la tuberculose.
Sa maison fut divisée, coupée par la route de Saint-Piat en 1863.
A la faveur d'une souscription publique, la ville de Maintenon érigea son buste, dont l'inauguration eut lieu le 27 mai 1866. Actuellement, il se trouve sur la façade des anciennes halles. La rue principale de la ville porte son nom.

Quelques unes de ses citations amusantes:


Le désir de plaire est si propre à former !
Et l'on sert toujours bien ceux que l'on sait aimer.
(Le Vieux Célibataire, p.17, in Le Théâtre Choisi du XVIIIe siècle, tome 2, Librairie Garnier Frères)

Il est sûr
Que pour se préparer une heureuse vieillesse,
Il faut à ses doux noeuds consacrer sa jeunesse.
(Le Vieux Célibataire, p.17, in Le Théâtre Choisi du XVIIIe siècle, tome 2, Librairie Garnier Frères)

Chacun est dans ce monde heureux à sa manière.
(Le Vieux Célibataire, p.14, in Le Théâtre Choisi du XVIIIe siècle, tome 2, Librairie Garnier Frères)

La constance n'est point la vertu d'un mortel ;
Et pour être constant, il faut être éternel.
(l'Inconstant, acte 1, sc. 10 (Florimond), 1780)

Souvent d'un moindre mal on tombe dans un pire.
(l'Inconstant, acte 1, sc. 10 (M. Dolban), 1780)

Heureux cultivateur, que je te porte envie !
Ton air est toujours pur, ainsi que tes plaisirs ;
Mille jeux innocents partagent tes loisirs.
Tu vois mourir le jour, et renaître l'aurore ;
Ton oeil, à chaque pas, voit la nature éclore ;
Ta femme est belle, sage, et tes enfants nombreux...
Non, ce n'est plus qu'aux champs que l'on peut être heureux.
(l'Inconstant, acte 2, sc. 5 (Florimond), 1780)

Il faut se défier toujours de son rival.
(l'Inconstant, acte 3, sc. 4 (Florimond), 1780)

Je suis émerveillé de cette Providence,
Qui fit naître le riche auprès de l'indigent :
L'un a besoin de bras, l'autre a besoin d'argent ;
Ainsi tout est si bien arrangé dans la vie,
Que la moitié du monde est par l'autre servie.
(l'Optimiste, acte 1, sc. 8 (M. de Plinville), 1788)

Souvent ces dehors froids cachent des coeurs sensibles,
Où l'amour, en effet, entre d'un pas plus lent,
Mais tôt ou tard allume un feu plus violent...
(l'Optimiste, acte 2, sc. 10 (Angélique), 1788)

Le charme de la vie est dans la confiance.
(l'Optimiste, acte 2, sc. 4 (M. de Plinville), 1788)

Va, les honnêtes gens se connaissent d'abord.
(l'Optimiste, acte 2, sc. 4 (M. de Plinville), 1788)

Dans un ménage il faut de petites querelles.
(l'Optimiste, acte 3, sc. 5 (M. de Plinville), 1788)

On ne sait ce que c'est que de payer ses dettes,
Et de sa bienfaisance on remplit les gazettes.
(l'Optimiste, acte 3, sc. 9 (M. de Morinval), 1788)

Chaque chose a son temps. L'enfance est consacrée
Aux doux jeux ; la jeunesse à l'amour est livrée ;
Et l'âge mûr au soin d'établir sa maison.
Croyez-moi, le bonheur est de toute saison.
(l'Optimiste, acte 3, sc. 9 (M. de Plinville), 1788)

Aux riches, aux puissants l'innocent est vendu.
On outrage l'honneur, on flétrit la vertu.
(l'Optimiste, acte 3, sc. 9 (M. de Morinval), 1788)

C'est l'âge du repos [la vieillesse], celui des souvenirs.
(l'Optimiste, acte 3, sc. 9 (M. de Plinville), 1788)

Souvent, loin d'être un vice (l'ambition) elle est une vertu.
(l'Optimiste, acte 3, sc. 9. (M. de Plinville), 1788)

Il faut, autant qu'on peut, faire bien ce qu'on fait.
(l'Optimiste, acte 4, sc. 16 (Le Postillon), 1788)

Ainsi donc, comme un baume en notre afflictions,
Le ciel nous envoya la consolation.
(l'Optimiste, acte 4, sc. 5 (M. de Plinville), 1788)

Il faut plaindre celui qui jamais ne s'afflige,
Et que les coups du sort n'avaient point accablé :
Il n'a pas le bonheur de se voir consolé.
(l'Optimiste, acte 4, sc. 5 (M. de Plinville), 1788)

C'est avoir fait le bien, qu'avoir voulu le faire.
(l'Optimiste, acte 5, sc. 11 (M. de Plinville), 1788)

[...] Dans la vie humaine,
Le bonheur, tôt ou tard, fait oublier la peine.
(l'Optimiste, acte 5, sc. 13 (M. de Plinville), 1788)

Il faut aimer les gens, non pour soi, mais pour eux.
(l'Optimiste, acte 5, sc. 2. (M. de Plinville), 1788)

Eh quoi, mon cher ami, vous faites des heureux,
Et vous doutez encor si vous-même vous l'êtes !
(l'Optimiste, acte 5, sc. 3 (M. de Plinville), 1788)

On aime à se vanter de ce qui nous honore.
(l'Optimiste, acte 5, sc. 6 (M. Belfort), 1788)

[...] L'on sert toujours bien ceux que l'on sait aimer.
(le Vieux Célibataire, acte 1, sc. 8 (Charles), 1792)

[...] Pour un vieux garçon il n'est point d'avenir.
(le Vieux Célibataire, acte 2, sc. 1 (M. Dubriage), 1792)

Chacun est dans ce monde heureux à sa manière.
(le Vieux Célibataire, acte 2, sc. 2 (M. Dubriage), 1792)

[...] Il est bien permis
De chercher à brouiller entre eux ses ennemis.
(le Vieux Célibataire, acte 5, sc. 1 (George), 1792)

[...] J'aime à voir quereller les méchants :
C'est un repos du moins pour les honnêtes gens.
(le Vieux Célibataire, acte 5, sc. 1 (George), 1792)

[...] Le méchant peut trouver un complice ;
Mais il n'est ici-bas, et le ciel l'a permis,
Que les honnêtes gens qui puissent être amis.
(le Vieux Célibataire, acte 5, sc. 2 (Charle), 1792)

On ne condamne point les gens sans les entendre.
(le Vieux Célibataire, acte 5, sc. 5 (Madame Évrard), 1792)

La vérité n'est qu'une, et n'a qu'un seul langage.
(le Vieux Célibataire, acte 5, sc. 7 (George), 1792)

[...] Il faut toujours que le devoir l'emporte.
(les Châteaux en Espagne, acte 2, sc. 10 (M. de Florville), 1789)

[...] Il faut toujours que le devoir l'emporte.
(les Châteaux en Espagne, acte 2, sc. 10 (M. de Florville), 1789)

Quand on sent que l'on plaît, on en est plus aimable.
(les Châteaux en Espagne, acte 2, sc. 10. (M. D'Orlange), 1789)

Le devoir d'une femme est dans la complaisance.
(les Châteaux en Espagne, acte 2, sc. 3 (Mademoiselle D'Orfeuil), 1789)

Quelquefois dans la vie il faut que l'on s'égare.
(les Châteaux en Espagne, acte 2, sc. 3 (Justine), 1789)

[...] L'hymen le plus doux est toujours une chaîne.
(les Châteaux en Espagne, acte 2, sc. 3 (M. D'Orlange), 1789)

[...] Est-il rien de plus doux dans la vie,
Que d'aller, de venir au gré de son envie ?
(les Châteaux en Espagne, acte 2, sc. 3 (M. D'Orlange), 1789)

Eh ! craint-on quelque chose auprès de ce qu'on aime !
(les Châteaux en Espagne, acte 2, sc. 4 (M. D'Orlange), 1789)

Tel entretien instruit bien mieux qu'une lecture.
(les Châteaux en Espagne, acte 2, sc. 4 (Mademoiselle D'Orfeuil), 1789)

De séduisants dehors, un babil amusant,
Dans le monde, voilà ce qui fait l'homme aimable.
(les Châteaux en Espagne, acte 2, sc. 5. (Mademoiselle D'Orfeuil), 1789)

Rarement un valet dit du bien de son maître.
(les Châteaux en Espagne, acte 2, sc. 9 (M. de Florville), 1789)

À l'amitié, monsieur, il n'est rien d'impossible.
(les Châteaux en Espagne, acte 2, sc.10. (M. D'Orlange), 1789)

Non, il n'est rien de tel que la simple nature.
(les Châteaux en Espagne, acte 3, sc. 2 (M. de Florville), 1789)

Les voyageurs entre eux font bientôt connaissance.
(les Châteaux en Espagne, acte 3, sc. 4 (M. D'Orfeuil), 1789)

Les voyages sur mer sont remplis d'aventures.
(les Châteaux en Espagne, acte 3, sc. 6 (M. D'Orlange), 1789)

Flatteuse illusion ! doux oubli de nos peines !
Oh ! qui pourrait compter les heureux que tu fais ?
L'espoir et le sommeil sont de moindres bienfaits.
Délicieuse erreur ! tu nous donnes d'avance
Le bonheur, que promet seulement l'espérance.
(les Châteaux en Espagne, acte 3, sc. 7 (M. D'Orlange), 1789)

[...] Le pauvre, lui-même, est riche en espérance.

(les Châteaux en Espagne, acte 3, sc. 7 (M. D'Orlange), 1789)

C'est quelque chose encor que de faire un beau rêve.
À nos chagrins réels, c'est une utile trève.

(les Châteaux en Espagne, acte 3, sc. 7 (M. D'Orlange), 1789)

Quand je songe, je suis le plus heureux des hommes ;
Et dès que nous croyons être heureux, nous le sommes.
(les Châteaux en Espagne, acte 3, sc. 7 (M. D'Orlange), 1789)

Ah ! si la solitude est douce en elle-même,
Je sens qu'elle est plus douce auprès de ce qu'on aime.
(les Châteaux en Espagne, acte 4, sc. 2 (M. D'Orlange), 1789)

[...] Obliger ceux qu'on aime,
Qu'on estime surtout, c'est s'obliger soi-même.
(les Châteaux en Espagne, acte 4, sc. 5 (M. D'Orlange), 1789)

Toute ruse est permise en amour comme en guerre.
(les Châteaux en Espagne, acte 4, sc. 5 (M. D'Orlange), 1789)

De son propre artifice on est souvent victime ?
(les Châteaux en Espagne, acte 5, sc. 2. (M. D'Orfeuil), 1789)

Toujours une âme tendre est tant soit peu jalouse.
(M. de Crac, sc. 11 (Francheval), 1791)

Qui craint qu'on ne le trompe est lui-même un trompeur.
(M. de Crac, sc. 11 (Mademoiselle de Crac), 1791)

Le plus trompeur souvent est facile à tromper.
(M. de Crac, sc. 13 (Saint-Brice), 1791)

Des frères qu'on crut morts... ressuscitent souvent.
(M. de Crac, sc. 2 (Saint-Brice), 1791)

L'art de flatter, mon cher, est vieux comme le monde.
Eve a péché, pourquoi ? parce qu'on la flatta ;
Exemple que depuis mainte femme imita.
C'est un poison si doux, qu'il chatouille les âmes...
Que d'hommes, sur ce point, de tout temps furent femmes !
(M. de Crac, sc. 4 (Verdac), 1791)

En flatteurs caressés cet univers abonde.
(M. de Crac, sc. 4 (Verdac), 1791)

Nous voulons bien railler, mais non pas qu'on nous raille.
(Malice pour malice, acte 1, sc. 3 (Eusébie), 1794)

[...] Il faut bien s'amuser dans la vie.
(Malice pour malice, acte 1, sc. 5 (M. Saint-Firmin), 1794)

Impossible est un mot que je ne dis jamais.
(Malice pour malice, acte 1, sc. 8 (Raimond), 1794)

Un sot peut tous les jours rire aux dépens d'autrui,
Rire même de tel... qui vaudra mieux que lui.
(Malice pour malice, acte 1, sc. 8 (Raimond), 1794)

[...] La sincérité
Semble embellir encore une jeune beauté.
(Malice pour malice, acte 2, sc. 8 (Raimond), 1794)

Il faut que les méchants, dupes de leur manège,
Se trouvent, à la fin, pris dans leur propre piège.
(Malice pour malice, acte 3, sc. 16 (Raimond), 1794)